La pilule nuit à la libido. Info ou intox ? C’est en tout cas une croyance qui perdure, même si encore aujourd’hui, le lien est difficile à établir. En effet, difficile d’affirmer pour une femme que sa contraception orale est bien responsable d’une diminution de son désir sexuel. Elle n’y pense pas forcément, elle se dit qu’elle est fatiguée ou stressée. Autre exemple : difficile de savoir si c’est bien la pilule qui est en cause quand une femme a commencé la contraception en même temps que sa vie sexuelle ou encore quand elle constate une explosion de sa libido alors qu’elle arrête la pilule pour avoir un enfant et qu’elle dans une dynamique positive. La dimension psychologique de la sexualité vient parfois brouiller les pistes.

Alors, coupable ou non, la pilule ? Si on reprend l’ensemble des études sur le sujet, “environ un quart des femmes semble effectivement avoir une libido perturbée par la pilule“, note Gilbert Bou Jaoudé, médecin, sexologue, directeur scientifique des plateformes mia.co et charles.co, contacté par Top Santé. Environ 25 % des femmes seraient concernées par une baisse de leur libido due à la pilule, un phénomène donc loin d’être marginal. Ce chiffre chute de manière très significative si la femme utilise un contraceptif non-homonalstérilet en cuivre, préservatif, spermicide – comme l’a démontré en 2015 une étude suédoise publiée dans le European Jounal Contraception reproduction health.

Microdosée ou normodosée ?

Comment l’expliquer ? “Si on pense que les deux sont liés – baisse du désir sexuel et contraceptif hormonal – on n’a toujours pas établi de lien direct. C’est à dire qu’on n’a aucun indice pour indiquer ou non à une femme de prendre la pilule ou un autre contraceptif, explique le médecin. Selon moi, cela dépend de l’équilibre hormonal de la femme au moment où elle prend la pilule : on ne trouve jamais les mêmes taux d’œstrogène et de progestérone d’une femme à l’autre et l’impact de la pilule sur la libido doit dépendre de l’équilibre hormonal de chaque femme. Mais on ne peut pas faire un dosage hormonal à chaque femme avant qu’elle prenne la pilule, surtout qu’on n’est pas certain de viser juste si on le fait”, poursuit Gilbert Bou Jaoudé.

La pilule microdosée, qu’on imagine volontiers moins influente que la normodosée sur la libido, peut-elle être la solution? “Microdosée, normodosé, progestative ou oestroprogestative, on observe que là encore, il n’y a aucune règle en la matière. Une femme pourra très bien avoir des troubles du désir avec une pilule microdosée et pas du tout avec une pilule normodosée ou inversement”, observe le médecin.

Arrêter la pilule dès qu’on la soupçonne

Alors que faut-il faire ? Les troubles du désir s’immiscent généralement insidieusement dans la vie d’une femme. Pour notre spécialiste, il ne faut pas attendre et consulter un.e professionnel.le plus rapidement. “Si on attend trop, il peut y avoir des conséquences psychologiques, même si la pilule était bien à l’origine du recul de la libido. Un cercle vicieux peut s’installer en quelques mois.”

Stratégie d’évitement des rapports, doutes sur sa relation, interrogations sur soi même… constituent ce cercle vicieux.

Gilbert Bou Jaoudé conseille d’arrêter la pilule, si on constate dans les 3 à 4 mois, une baisse de la libido. “Si cela se produit après plusieurs mois/années avec une même pilule, alors ce n’est pas la pilule qui est en cause”. En effet, un équilibre hormonal se met en place dans les mois qui suivent la prise d’une nouvelle pilule et qui reste ensuite stabilisé. “Je conseille d’arrêter sa contraception deux à trois mois, durant au moins deux cycles complets. Si on observe une différence, on demande une autre contraception à son spécialiste. S’il n’y a pas de différence, on reprend sa contraception mais au moins, on a éliminé l’une des possibilités”, explique le sexologue.

Si on a constaté que la pilule est bien responsable, il faudra changer de contraception et là encore, il n’y a pas de règle. “Je conseille par expérience de passer à une contraception hormonale dosée différemment. Si cela ne change rien, on change alors à une contraception non-hormonale”, commente Gilbert Bou Jaoudé.

Booster son désir

Outre l’arrêt de la pilule mise en cause ou pour celles qui se sentent malgré tout plus à l’aise en continuant la pilule, des moyens fiables existent pour améliorer sa libido :

L’exercice physique peut contribuer à booster la libido, ainsi que le montre une étude parue en 2019 dans la revue The journal of sexual medicine. “Le sport booste la sécrétion de testostérone, l’hormone principale de la sexualité chez la femmes. Je conseille pour un résultat optimal d’alterner endurance et renforcement musculaire”, avance le sexologue.

– Un bon sommeil permet également de lutter contre les troubles sexuels, selon une récente étude.

– La relaxation et tout ce qui peut contribuer à diminuer votre stress auront également un impact positif sur la libido.

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