Chaque année, en France, 1 000 sportifs décèdent d’une mort subite lors d’une pratique sportive. On appelle ce phénomène, la “mort subite du sportif”. En association avec la Fondation Coeur et Recherche, le professeur François Carré, cardiologue, nous en dit plus.

La mort subite du sportif touche surtout les hommes

Arnaud Fay a 36 ans lorsqu’il termine un semi-marathon (en 1h45) et s’effondre en passant la ligne d’arrivée. Son coeur s’est arrêté, sans prévenir. Heureusement pour lui, le poste de secours de l’événement sportif parvient à réagir immédiatement et à le réanimer. Il vient de subir une “mort subite ressuscitée”, lui explique-t-on par la suite. Après deux semaines en soins intensifs, il se voit implanter un défibrillateur cardiaque et rentre chez lui. Tous n’ont pas cette chance, rappelle le professeur Carré.

La mort subite du sportif concerne essentiellement les hommes (7 fois plus que les femmes) : principalement entre 45 et 50 ans, sur du sport de loisir. Mais cela peut arriver plus tôt, même avant 35 ans. Elle se caractérise par un écroulement soudain au cours d’une activité sportive, dans 85% des cas causée par un infarctus du myocarde. “Ce n’est pas le sport qui crée la pathologie, le sport révèle une maladie sous-jacente, ignorée jusque-là”, explique-t-il. Il précise aussi que la mort subite du sportif ne concerne pas les décès traumatiques, du type chute de cheval ou accident sur un terrain de foot.

Parfois, la mort subite du sportif reste sans réponse

Elle est compliquée à appréhender, car elle reste parfois sans réponse. Arnaud Fay n’a jamais su ce qu’il s’était passé, par exemple. Quelques jours avant, il passe un ECG pour la course, tous les voyants sont au vert. Pour ceux qui n’en réchappent pas, le professeur Carré explique que “dans 40% des cas, une autopsie classique ne permet pas de comprendre la cause de l’accident”. Il faut aller chercher plus loin : maladies génétiques repérables uniquement en analysant les parois du cœur, notamment.

C’est pour pallier ces difficultés que l’étude “Résoudre” a été lancée. Pendant deux ans, les médecins ont recueilli des victimes d’arrêts cardio-respiratoires pendant le sport (décédés et vivants). Des examens plus approfondis ont été menés pour essayer de trouver une explication, notamment génétique, qui permettrait entre autres d’alerter les frères et soeurs s’ils sont eux aussi porteurs, et d’éviter de nouveaux accidents.

Prévenir la mort subite du sportif

L’objectif pour les médecins est de parvenir à mieux prévenir la mort subite du sportif, même si cela reste impossible à 100%, précise le cardiologue. Plusieurs techniques existent néanmoins. D’abord, réaliser une visite d’absence de contre indication au sport (que l’on prescrit aux compétiteurs), avec en sus un électro-cardiogramme (qui permet d’augmenter les chances de trouver quelque chose, de 15% à 80%).

Le professeur Carré précise que ce n’est pas parce que l’on trouve une anomalie que l’on peut prédire qu’il y aura mort subite, parfois rien ne se déclare. Et parfois, l’ECG ne permet pas de dépister quoi que ce soit, comme dans le cas de Arnaud Fay.

Autre moyen de prévenir : éduquer davantage les pratiquants. “Les sportifs sont souvent persuadés que le sport les immunisent d’un problème cardiaque. Le sport est bon pour la santé, ne l’oublions pas, mais il ne préserve de rien. Il peut même, dans ce cas, révéler des problématiques sous-jacentes…” Il souligne que dans 40% des cas, le sujet a déjà ressenti un symptôme, sans s’alerter. Tout symptôme anormal à l’effort doit tirer l’alarme : vous avez l’habitude de gravir une côte et cette fois-ci, vous avez les jambes coupées, une barre dans la poitrine… Cela doit vous poser question. Si le problème persiste le jour suivant, allez consulter.”

Enfin, pour limiter les décès suites aux morts subites du sportif, il est essentiel de former aux gestes de secours. “Nous sommes très mauvais en France, introduit-il. La preuve, dans 85% des cas, lorsqu’un sportif décède, il y a un témoin qui n’a pas su réagir. Dans 40% des cas seulement, le témoin réalise les gestes de secours, et dans 1% des cas un défibrillateur est utilisé.” Souvent, les témoignages évoquent une peur d’aggraver la situation, en intervenant. Le cardiologue rappelle : “On ne peut rien faire de mal à quelqu’un qui s’effondre, on ne peut que lui sauver la vie”.

Quel suivi pour les rescapés de mort subite ?

En terme de suivi, pour les patients rescapés, plusieurs options sont possibles. S’il y a une maladie qui a été détectée, un traitement médicamenteux est octroyé. Sans pathologie dépistée, les bêtabloquants et le défibrillateur peuvent prévenir une récidive.

Le médecin précise que réchapper à la mort subite du sportif ne signifie pas qu’il va falloir arrêter définitivement le sport. Mais il est essentiel de comprendre comment l’éviter à nouveau. Par ailleurs, la pratique du sport devra être adaptée, sans compétition.

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Source : conférence de presse Fondation Coeur & Recherche, avec le professeur François Carré (22 avril 2021).

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