L’immunothérapie est une approche thérapeutique relativement récente puisque ce traitement est autorisé en France depuis 2013-2014. “Une véritable révolution” selon le Dr. Jérôme Fayette, médecin oncologue. Zoom.

Immunothérapie : de quoi s’agit-il ?

Pour comprendre comment fonctionne l’immunothérapie, il faut faire un détour du côté de la réaction immunitaire : “lorsque le système immunitaire repère une cellule cancéreuse, il envoie des lymphocytes T (pour “tueurs”) qui vont s’y accrocher et la détruire” explique le Dr. Fayette.

Problème : certaines cellules cancéreuses expriment à leur surface un marqueur – baptisé PDL-1 – qui a la capacité de “paralyser” les lymphocytes T. “Ceux-ci peuvent se fixer à la cellule cancéreuse mais pas la détruire, comme s’ils étaient pris dans une camisole” illustre le médecin oncologue.

L’immunothérapie va venir lever cette paralysie, briser la camisole, pour que le système immunitaire puisse faire son travail, remarque le spécialiste. Contrairement à la chimiothérapie, l’immunothérapie n’agit pas directement sur la cellule cancéreuse : elle rend ses armes au système immunitaire.

Immunothérapie : en pratique, comment ça se passe ?

Quels cancers peuvent être traités par immunothérapie ? De nombreux cancers peuvent être traités par immunothérapie : le mélanome, le cancer de la vessie, les cancers ORL (gorge…), le cancer du poumon, le cancer du rein, certains lymphomes…

En revanche, l’immunothérapie est inefficace sur le cancer du sein, sur la majorité des cancers digestifs et le cancer de la prostate, probablement parce que le système immunitaire est moins impliqué, souligne le Dr. Fayette. L’immunothérapie fonctionne bien sur les tumeurs ” chaudes ” qui impliquent le système immunitaire, moins sur les tumeurs “froides” où il n’y a pas d’action du système immunitaire.

Qui peut bénéficier de l’immunothérapie ?Tous les patients peuvent avoir accès à l’immunothérapie, il n’y a que peu de contre-indications et pas de condition d’âge” note le médecin oncologue.

Quels sont les médicaments utilisés en immunothérapie ? À l’heure actuelle, en France, les médicaments d’immunothérapie suivants sont autorisés :

  • le nivolumab (Opdivo®) : “il est utilisé en association avec l’ipilimumab (un médicament qui cible un autre marqueur de la cellule cancéreuse, le CTLA-4) contre le mélanome et le cancer du rein” remarque le spécialiste,
  • le pembrolizumab (Keytruda®) : “il est employé contre le cancer du poumon, le cancer de la gorge, le cancer du rein, le cancer de la vessie, le cancer de l’œsophage, et il est remboursé par la Sécurité Sociale“,
  • l’atézolizumab (Tecentriq®), dans le cancer du poumon,
  • le durvalumab (Imfinzi®), dans le cancer du poumon,
  • l’avélumab (Bavencio®) dans certains cancers de la peau.

Ces médicaments sont administrés par voie intraveineuse (c’est-à-dire : en perfusion), en hôpital de jour : l’administration dure environ 30 minutes” précise le Dr. Fayette. Dans le futur, les médicaments d’immunothérapie pourraient être administrés par voie sous-cutanée (c’est-à-dire : en piqûre) à domicile.

Immunothérapie : ça dure combien de temps ?En moyenne, les séances sont à répéter pendant 3 à 6 semaines, avec des scanners d’évaluation tous les 2 à 3 mois” répond le médecin oncologue. Pour les cancers du poumon, de la gorge et du rein, le traitement ne dure pas plus de 2 ans.

Immunothérapie : ça fonctionne vraiment ?

Oui” répond d’emblée le Dr. Jérôme Fayette. “Certes, le traitement par immunothérapie est plus long que le traitement par chimiothérapie mais, dans certains cas (certains cancers du poumon, par exemple), on peut vraiment parler de guérison – tandis que la chimiothérapie ne fait que prolonger la vie sans éliminer totalement les cellules cancéreuses.

Toutefois (et c’est l’un des grands enjeux de la recherche), certains patients répondent mieux à l’immunothérapie que d’autres – d’après l’Inserm, ces médicaments seraient efficaces chez seulement 20 % à 40 % des patients. “On a encore du mal à identifier ces patients : beaucoup d’études sont en cours sur cette question” note le médecin. “Les premiers résultats montrent que des tumeurs génétiquement instables avec un fort taux de mutations, ou encore les tumeurs fortement infiltrées en lymphocytes T sont plus vulnérables à l’immunothérapie” précise l’Inserm.

Immunothérapie : y a-t-il des effets secondaires ? Les experts estiment que 15 % des patients traités par immunothérapie ont des effets secondaires sérieux – ceux-ci résultent généralement d’une stimulation excessive du système immunitaire.

La tolérance est bonne mais il y a beaucoup d’effets secondaires possibles” réagit l’oncologue. Le plus souvent, il s’agit de troubles de la thyroïde (hypothyroïdie), de diarrhées, de troubles respiratoires, de troubles hépatiques, de douleurs ostéo-articulaires ou encore de problèmes de peau (démangeaisons, boutons…). Sur le long terme et plus rarement, des troubles endocriniens peuvent se développer – diabète, insuffisance surrénalienne…

Merci au Dr. Jérôme Fayette, oncologue spécialisé dans les cancers thoraciques au Centre Léon Bérard (Lyon).

Source :  Inserm

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